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VivaTech : la French Tech dresse le bilan de Macron

VivaTech : la French Tech dresse le bilan de Macron, de 2,1 à 7,3 milliards d'euros en capital-risque, mais la commande publique reste le point noir

Julien Déniel
Julien Déniel
CEO
5 min de lecture

Dix ans de Macron, le bilan version French Tech : entre autosatisfaction et gueule de bois

Ce jeudi 18 juin, Emmanuel Macron prend la parole à VivaTech pour la dernière fois avec l'écharpe présidentielle. Et comme à chaque sortie officielle de ce genre, l'écosystème s'est donné le mot pour applaudir d'une main et grimacer de l'autre. Bilan d'une décennie de « Startup Nation », la formule qui a eu le mérite d'exister, et les limites qui vont avec.

Commençons par ce qui est indéniable. Maya Noël, directrice générale de France Digitale, le lobby des startups tricolores, concède que « sur les 10 ans, le bilan est quand même positif ». Franck Sebag, associé chez EY, chiffre la chose proprement : les investissements en capital-risque sont passés de 2,1 milliards d'euros en 2016 à 7,3 milliards en 2025.

C'est beau. C'est réel. Ça mérite d'être dit.

Mais.

VRP de Mistral, et fier de l'être

Reconnaissons à Macron une vraie compétence : il sait tenir un micro devant une salle de fondateurs et les faire se sentir importants. La création du sommet Choose France, les selfies avec les licornes, les félicitations publiques à répétition, ça ne coûte pas grand-chose au Trésor, mais ça fabrique de la visibilité internationale. Et la visibilité, dans ce milieu, ça compte.

La ministre déléguée au Numérique, Anne Le Hénanff, a poussé la logique jusqu'au bout dans une interview à l'AFP : « Moi, je considère que je suis un peu, même beaucoup, comme la VRP de Mistral. »

Voilà. Une ministre de la République qui se définit comme commerciale d'un acteur privé de l'IA. On peut trouver ça rafraîchissant de franchise. On peut aussi trouver ça légèrement préoccupant comme vision de la politique industrielle. Au choix.

Olivier Perroquin, président de la startup de cybersécurité AnozrWay, est moins enthousiaste que la ministre sur le bilan global : il pointe une commande publique « faible ». Et quand on creuse un peu, on se rend compte que Bpifrance, le crédit d'impôt recherche, le statut de « jeune entreprise innovante » tout ce que Macron aime sortir dans son bilan, existait avant lui. Il a hérité des outils. Il en a fait de la communication. C'est déjà quelque chose, mais ce n'est pas tout à fait pareil.

2,2 % du PIB. Depuis 2010. Sans bouger.

Parce que pendant qu'on se congratulait, d'autres couraient plus vite. Antonin Bergeaud, économiste et professeur associé à HEC Paris, parle sans ambages d'un « déclin en termes d'innovation en France par rapport à d'autres pays ».

Les chiffres de l'OCDE sont sans appel. La France tourne à 2,2 % de son PIB consacré à la recherche et développement. Depuis 2010. Inchangé. Pendant ce temps, l'Allemagne est à 3,1 % et les États-Unis à 3,4 % en 2025.

Vous m'avez bien lu. Seize ans sans bouger.

Maya Noël, qui n'est pourtant pas la dernière à défendre l'écosystème, le dit elle-même : « Il ne faut pas oublier qu'on est toujours à la traîne, parce qu'au final, même si on a beaucoup grandi, qu'il y a eu une très belle croissance de beaucoup d'entreprises, on croît beaucoup moins vite que nos concurrents extra-européens. »

Traduction pour les non-initiés : on a grandi, oui. Mais les autres ont grandi plus vite. Ce qui revient, mathématiquement, à reculer en termes relatifs. Ce n'est pas un détail.

La vraie question : et après 2027 ?

C'est là que le salon vire à l'angoisse de fond. Le PDG de la licorne Mirakl, spécialisée dans l'e-commerce, ne mâche pas ses mots : « Il y a une grosse inquiétude parce que les startups, c'est un peu un signal avancé de ce qui va bien ou de ce qui ne va pas. »

Quand les startups recrutent, ça veut dire que des gens croient encore au projet. Quand les fonds investissent, ça veut dire que les conditions économiques et réglementaires tiennent la route. C'est fragile. Ça dépend des signaux envoyés par le prochain locataire de l'Élysée.

France Digitale, qui n'attend pas les résultats pour jouer, a déjà commencé à parler « aux équipes de campagne, aux personnes en charge des programmes ». Le message est simple, selon Maya Noël : « Ce qu'on essaie de faire comprendre, c'est qu'on a besoin de stabilité. »

Stabilité. Le mot est lâché. Après dix ans de storytelling Startup Nation, de grands discours et d'investissements en hausse, ce que l'écosystème réclame pour 2027, c'est juste de ne pas tout recommencer à zéro. Ne pas repartir de la case « expliquer pourquoi les startups c'est bien ». Ne pas revivre le choc d'un gouvernement qui ne sait pas ce qu'est un cap table.

Le bilan Macron ? Positif dans les chiffres, réel dans l'image, insuffisant dans la profondeur. Le prochain devra décider s'il veut être le président des licornes ou le président de la R&D. Les deux, c'est possible. Mais ça demande d'en avoir dans le slip, pas juste dans le discours de clôture de VivaTech.

À nous de poser les bonnes questions aux candidats. À nous d'exiger des programmes concrets sur la recherche, la commande publique, la stabilité fiscale. À nous de ne pas se laisser acheter par un selfie et une formule bien sentie sur la souveraineté numérique.

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Julien Déniel
Julien Déniel
CEO

Entrepreneur dans le Digital depuis 10 ans, fondateur de Mission Freelances (https://www.mission-freelances.fr/) l'agrégateur français de missions freelance, et rédacteur sur VU Magazine.

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