Nouveau réseau social W : bienvenue chez les anti-X assumés
Le 17 juin, W a ouvert sa bêta au grand public. Un réseau social européen, avec vérification d'identité obligatoire, données hébergées en Finlande et chiffrement assuré par Proton. Présenté à Davos en janvier 2026 comme l'antidote aux plateformes américaines. Ursula von der Leyen dessus. Antonio Costa dessus. Roberta Metsola dessus.
Et la Commission européenne qui annonce son arrivée sur W… depuis X. Je ne fabrique rien.
Le W, c'est quoi exactement ?
La référence alphabétique n'est pas subtile. W précède X. C'est voulu. Le nom renvoie aussi à deux principes que la fondatrice Anna Zeiter, ancienne cadre d'eBay, installle en Suède tout en vivant en Suisse, agite comme des étendards : « valeurs » et « vérification ». Le développement technique, lui, est assuré en partie depuis l'Ukraine. L'Europe, c'est grand.
Ce qui distingue W de tout ce qu'on a vu jusqu'ici :
- Vérification d'identité obligatoire. Scan de passeport ou carte d'identité à l'inscription, via une application distincte. Pas de bots. Pas de faux profils. Chaque compte = une personne réelle.
- Pseudonyme garanti. Votre identité vérifiée reste privée. Vous choisissez le pseudo que vous voulez afficher. La vraie vie ne s'invite pas sur la place publique.
- Chiffrement par Proton. L'entreprise suisse spécialisée dans les services sécurisés prend en charge les communications. Pas les serveurs de Mountain View.
- Données hébergées en Finlande. Hors juridiction américaine. Hors juridiction chinoise. Point.
- DSA intégré nativement. Le Digital Services Act, le règlement européen qui s'impose aux grandes plateformes depuis 2023 est dans l'ADN de la plateforme dès le départ. Pas une case à cocher après coup.
Bruxelles valide, mais depuis X
La plateforme est portée par une fondation suédoise dirigée par Anna Zeiter, Allemande installée en Suisse et ancienne cadre d'eBay. Elle s'est rendue à Bruxelles pour présenter W, et plusieurs responsables européens ont sauté dans le train très vite. Antonio Costa, président du Conseil européen, a salué « une plateforme sur laquelle les données sont entièrement hébergées en Europe » en précisant que « la lutte contre la désinformation est une priorité, et les utilisateurs sont tous des humains vérifiés ».
Ursula von der Leyen, Roberta Metsola, le maire de Londres Sadiq Khan : tous premiers utilisateurs.
Et donc, dans la foulée, la Commission européenne a publié un post sur X pour annoncer son compte W, qualifiant la plateforme de « nouvel endroit pour débattre de l'Europe ».
Bonjour le foutage de gueule.
Vraie alternative à X ou gadget institutionnel ?
Soyons honnêtes. X est en déclin depuis le rachat par Elon Musk, ça tout le monde le sait. Mais aucun concurrent n'a réussi à prendre la relève. Mastodon est resté une niche de geeks militants. Threads ressemble à un village fantôme malgré ses chiffres d'inscrits, et ces chiffres, je vous laisse les interpréter. Bluesky plafonne autour de 45 millions d'utilisateurs. Le format microblogging textuel a migré ailleurs, vers d'autres plateformes, d'autres formats, et il est difficile d'imaginer une énième copie de feu Twitter s'imposer au grand public en 2026.
W ne prétend d'ailleurs pas à ça. Pas tout de suite. Anna Zeiter est explicite : « Si le Bruxelles politique commence à poster sur W au lieu de X, nous aurons déjà accompli beaucoup. » La cible, c'est d'abord les autorités politiques, les médias, les acteurs économiques européens. Pas madame Michu.
Ce qui est aussi une contrainte financière réelle : la fondation n'a pas les reins assez solides pour absorber des millions d'utilisateurs d'un coup. Alors on commence petit, on vise juste, on espère que l'effet de réseau fait le reste.
À ses débuts, Twitter lui-même n'était fréquenté que par des blogueurs et des journalistes. Regardez ce que ça a donné. Dans un sens comme dans l'autre, ça peut aller très vite.
W a les bons arguments techniques. Il a le soutien institutionnel. Ce qu'il n'a pas encore, c'est vous.
À très vite,
SJ